LE TEMPLE ET LE NAOS

 

Dans l’ancienne Egypte, comme dans nos temples de rites égyptiens, le Naos est le lieu le plus intime et le plus sacré du Temple. Un parcours initiatique permettait aux initiés d’hier, comme à ceux d’aujourd’hui, une approche progressive du monde profane vers le sacré.

Bien qu’architecturalement il puisse exister certaines différences entre les fastueux Temples égyptiens et les modestes locaux que nous utilisons, il reste que dans l’esprit de notre Ordre, et notamment dans celui de notre rite, le plan initial y soit est respecté.

Nous allons donc en comparer les divers éléments, et tenter d’en approcher le sens caché, en y découvrant certaines concordances nous rappelant que nous avons choisi de vivre l’expérience d’une franc-maçonnerie s’inspirant de l’Egypte Ancienne.

Les temples égyptiens étaient pour la plupart, implantés le long des berges Orientales du Nil, qui s’écoulait naturellement du Sud vers le Nord du pays. Ils étaient symboliquement orientés perpendiculairement au fleuve nourricier et dans la mesure du possible en direction du soleil levant.

C’est pourquoi, les édifices religieux de l’Ancienne Egypte ne sont pas toujours strictement orientés. Les Francs-maçons eux-mêmes, pour des raisons pratiques et indépendantes de leur volonté, ne peuvent qu’orienter symboliquement leurs Temples en direction d’un Orient supposé.

Symbolisant le rituel initiatique des prêtres de l’Ancienne Egypte, les rituels maçonniques égyptiens proposent à leurs adeptes de suivre le même parcours que leurs aînés.

PLAN DU TEMPLE EGYPTIEN

Le Temple égyptien n’était pas conçu pour y loger son personnel. Aussi, lors des cérémonies journalières, les prêtres chargés des offices devaient-ils franchir diverses portes et traverser nombre de salles avant de pouvoir assister le Grand Prêtre dans ses fonctions. L’architecture du Temple se composait en premier lieu d’un pylône décoré de scènes où le roi présentait ses offrandes guerrières au dieu de son choix et informait son peuple de son étroite filiation avec la divinité.

Fronton du temple d’Edfou (Haute Egypte)

Les frontons de nos Temples quant à eux sont certes plus discrets mais ils informent parfois de leur identité et de l’esprit qui doit y régner, à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers.

Fronton de la Loge de Périgueux

Passé le premier pylône, les prêtres égyptiens se regroupaient par fonction élective, dans la lumière de la première cour dite « péristyle » pour se préparer au rituel journalier d’ouverture et de fermeture du tabernacle. Il s’agissait d’une cour à ciel ouvert, bordée intérieurement de colonnes de différents styles supportant une toiture en arcades, où les profanes, une fois l’an, lors de la fête de la nouvelle année, pouvaient se rassembler pour honorer le dieu tutélaire du Temple. Sur les murs périphériques étaient sculptées des scènes de la vie courante, de transport de vivres et de matériaux nécessaires aux offrandes et à l’édification des lieux.

Cour Péristyle

Scènes gravées sur les murs de la salle péristyle

Pour nous, maçons de rites égyptiens, cette cour péristyle est symbolisée par les parvis de nos Temples et le hall d’entrée de nos locaux, ouverts aux membres de nos Ateliers et aux profanes qui parfois en demandent l’accès. Pour ce qui concerne notre Loge, il s’agirait bien sûr de nos vestiaires et couloir d’accès en Salle Humide où sont affichées différentes photos, tableaux et objets propres à décorer les murs, identifiant notre appartenance à l’Ordre.

Second pylône s’ouvrant sur la salle hypostyle

Face au premier Pylône égyptien, de l’autre côté de la cour péristyle, un second Pylône décoré de scènes d’offrandes de nourritures, de boissons, de parures et d’encens en rapport avec le culte choisi s’ouvrait sur une salle hypostyle composée de Hautes Colonnes alignées dont le style architectural (lotiforme et papyriforme) symbolisait la Haute et la Basse Egypte.

Papyriformes ces colonnes étaient implantées du côté Nord. Elles représentaient la Basse Egypte avec ses zones fertiles et marécageuses. Le papyrus y poussait dans les eaux salées et se développait sous la lumière symbolisant la vie issue des eaux primordiales.

 

Lotiformes étaient les colonnes implantées du côté Sud, elles représentaient la Haute Egypte. Selon le mythe égyptien de la création du monde, le lotus était sorti du limon originel, et de son calice le divin Créateur. La fleur de lotus s'ouvrant au lever du soleil et se refermant à son coucher, symbolisant le dieu du Soleil et l'expansion de la lumière hors du limon originel.

Seuls étaient admis dans la salle hypostyle les prêtres officiant dans le Temple. Les murs périphériques de cette salle étaient décorés de scènes représentant les temps forts de la fondation du temple ainsi que la traditionnelle présentation à la foule des fidèles de la statue du dieu sortie de son sanctuaire, posée dans une barque sacrée et portée à l’épaules par des prêtres en procession dans les alentours du Temple.

Une deuxième porte s’ouvre ensuite sur une salle où sont préparées les différentes offrandes proposées au Dieu tutélaire. Souvent, peut s’y trouver la barque utilisée pour les processions lors des fêtes où celui-ci est présenté à la foule des fidèles.

Lorsqu’ils pénètrent dans leur Temple, les maçons de rites égyptiens vont traverser symboliquement les différentes salles conduisant au Saint des Saints, en exécutant trois circonvolutions avant de prendre place autour du Sanctuaire contenant le Naos.

PLAN DU TEMPLE MACONNIQUE EGYPTIEN

Le premier tour correspondra à la traversée de la Salle hypostyle symbolisée par les colonnes J et B placées de part et d’autre de la porte menant au sanctuaire de notre Ordre. Ces colonnes de couleurs et de styles différents nous suggèrent notamment la place que prendront les Sœurs et les Frères autour du Pavé Mosaïque sur lequel repose le Naos. Ne dit-on pas que les Apprentis prennent place sur la colonne du Nord et les compagnons sur la colonne du midi ?

Le second tour les fait symboliquement pénétrer dans le Pronaos. Il s’agissait en fait de la salle de préparation des offrandes égyptiennes qui, à l’époque des Pharaons, était entourée de chapelles accueillant les présents offerts quotidiennement au dieu. Les offrandes que nous apportons ne sont pas celles que les prêtres égyptiens présentaient au dieu et qui le soir venu leur servait de repas, mais le fruit et le partage de nos propres recherches, qui au terme de nos tenues se retrouvera commenté au cours de nos agapes en salle humide. 

Au troisième tour, après une dernière déambulation les conduisant aux frontières de l’invisible, les Sœurs et les Frères vont prendre place autour du Sanctuaire, l’habitat divin contenant dans son Naos la représentation de la divinité locale.

Que viennent-ils donc faire d’autre en ce lieu consacré, que d’assister au rituel de l’ouverture et de la fermeture du tabernacle contenant les outils qui symbolisent notre spiritualité !

Pour les Egyptiens de la vieille Egypte, le Sanctuaire où reposait le Tabernacle était un espace sacré où seul le roi, ou son représentant, pouvait pénétrer pour procéder aux rituels journaliers.

Prêtre pratiquant les offrandes invocatoires

Pour les Maçons de rites égyptiens, le Sanctuaire est symbolisé par un Pavé Mosaïque symbolisant la Terre au sein de l’Univers qui l’entoure. Celui-ci est composé de 108 cases dont les proportions sont identiques à celles du sanctuaire égyptien, et sur lequel est posé un Naos porteur des valeurs spirituelles de notre Ordre, destiné à manifester la présence du Grand Architecte des Mondes.

Le nombre 108 symbolise la somme des angles extérieurs du Pavé Mosaïque soit 90° x 12= 1080°, qui correspondrait à la place que tient la Terre au sein de l’Univers qui l’entoure. Rappelons-nous que les égyptiens des périodes antiques symbolisaient la Terre comme une surface plane dont les proportions sacrées étaient reportées jusque dans le sanctuaire. Ainsi, si l’on veut donner une valeur symbolique à l’Univers dans son intégralité, on ajoute aux 1080 degrés qui entourent la Terre, les 360 degrés du périmètre intérieurs de cet espace consacré à la manifestation des dieux (pour nous le Grand Architecte des Mondes). 1440 degrés serait donc le nombre symbolique de l’Univers égyptien, nombre correspondant à la distance qui sépare la Terre du Soleil, (sa lumière mettant 8 minutes à nous parvenir, soit 480 secondes que multiplie sa vitesse de 300 000 km/s ) et que l’on retrouve notamment et entre autre, dans les proportions de la Pyramide du Pharaon Khéops.

Dans le Temple désert et plongé dans l’obscurité, qui contrairement à ceux de l’Ancienne Egypte n’est pas en permanence préparé à recevoir ses officiants, le Frère Grand Expert vérifie préalablement le bon ordonnancement de la Loge, consacre l’espace sacré en allumant la Lumière Primordiale à l’Autel du Naos, et prépare la fumigation future par l’allumage du charbon du brûle parfum.

Quelle que soit l’époque, quel que soit le rite ou le lieu, la création d’un espace sacré est déterminante puisqu’elle permet la compréhension du monde qui l’entoure. Cet espace n’existe pas naturellement. Il est le résultat d’un processus de sacralisation dont l’origine, même si elle touche au numineux, est bel et bien humaine. L’homme décide de la sacralisation d’un lieu, il en définit les limites selon son expérience, sa culture et ses buts.

Le processus de sacralisation de l’espace a pour effet de créer deux mondes distincts et implique certaines précautions initiatiques. Deux principes en définissent les conditions d’accès ; le principe d’analogie, comme étant le rappel d’autres formes du sacré, et le principe de participation.

Analogique est la forme triangulaire et équilatérale du Naos qui symbolise les trois dimensions spatiales dans lesquelles nous vivons, et qui représente l'équilibre entre l'intellect, le cœur et la volonté, ainsi que les trois attributs de la divinité : Sagesse, force et Beauté.

Participation, lorsque l’on se trouve dans un lieu consacré, nous sommes spirituellement au centre du monde et en pleine participation avec les forces cosmiques. Conçu symboliquement comme point de référence absolue, par où passe l'axe vertical du monde, il représente un foyer de convergence des forces cosmiques et telluriques. Dans nos Loge, c’est la présence du fil à plomb, à la verticale de la voûte stellaire, en appui sur l’étoile polaire et dirigé sur les trois joyaux de la Loge, qui détermine le positionnement temporel du lieu où doit se manifester l’énergie spirituelle, symbole d’élévation et de perfectionnement de soi. Peu importe qu’il puisse exister plusieurs centres du monde, ce qui compte vraiment c'est la valeur symbolique qu’on lui attribue. Il est d’une importance primordiale dans le choix et la réalisation de l’espace sacré.

Si la localisation peut répondre à un lieu propice au rassemblement, l’orientation quant à elle peut se faire en fonction d’autres considérations, telles qu’une direction vers un lieu réputé sacré. Par exemple, les églises chrétiennes qui sont généralement dirigées vers Jérusalem. Les mosquées qui sont toujours orientées vers la Mecque etc. etc. Les Temples maçonniques quant à eux le sont symboliquement vers l’Orient, et plus particulièrement vers l’Egypte pour ce qui concerne notre rite.

Dans son Testament Philosophique, Cagliostro qui fut l’instigateur des rites égyptiens précisait que « Toute lumière vient de l’Orient ; toute initiation de l’Egypte ». C’est pourquoi nous avons choisi d’en travailler les mystères en nous inspirant de ses rituels pour en retrouver l’esprit initiatique.

Pour les Maçons de rites égyptiens, le Naos est au carrefour des deux mondes, ceux des énergies cosmiques et telluriques. Contrairement aux divers triangles présents dans nos Loges, dont le sommet pointe en haut appelle le feu de leur énergie à se manifester, celui du Naos, pointe orientée vers l’Occident, nous rappelle que dans les Temples Egyptiens, le Tabernacle s’ouvrait toujours dans cette direction, permettant à la lumière divine et créatrice de se manifester sur le monde.

Dans ce même esprit d’ouverture et de partage, à la fin de nos tenues et par la voix du Vénérable Maître, nos rituels précisent : "que la Lumière qui a éclairé nos travaux continue de briller en nous pour que nous achevions, en dehors, l'œuvre commencée dans ce Temple".

Posés sur cet Autel triangulaire symbolisant notre Naos, quelques éléments concrétisent la présence du Grand Architecte des Mondes. Il s’agit notamment d’une flamme centrale de couleur blanche évoquant l’énergie créatrice, l’esprit ascensionnel de l’intelligence humaine, qu’aucun souffle ne peut faire dévier de sa verticalité, l’Ordre dans le Chaos en quelque sorte ; Une cassolette où brûle de l’encens composé de Myrrhe et de Benjoin, et des Trois joyaux de la Franc-maçonnerie que sont le Compas, l’Equerre et la Règle. 

Chez les égyptiens de l’antiquité, l’encens tenait une place importante dans leurs cultes. Ils s'en servaient quotidiennement dans leurs rituels sacrés car leur parfum était considéré comme étant l’une des manifestations principales des divinités invisibles, où la fumée devient un lieu de passage entre les deux mondes. Composé de résines et de gommes aromatiques mélangées avec des épices, des écorces d’arbre et des fleurs, l’encens était un produit précieux et recherché, au point que ses ingrédients faisaient l’objet d’un commerce important, notamment avec les pays d’Afrique orientale qu’ils nommaient « le pays de Pount ».

Au Moyen-Orient, et notamment en Egypte, la myrrhe et le Benjoin étaient employées depuis des millénaires en médecine traditionnelle pour leurs propriétés thérapeutiques, antiseptiques et anti-inflammatoire. Ils étaient utilisés pour nettoyer les blessures, embaumer leurs pharaons et prévenir les infections. Outre leurs vertus thérapeutiques, ces deux résines combinées avaient une action purificatrice sur certaines plaies psychiques, notamment sur l’angoisse et l’anxiété, les crises de nerfs, la dépression latente, le stress et le surmenage.

Simples outils dans le monde profane, les symboles que nous utilisons ont la capacité de désigner autre chose qu’eux-mêmes. Si ceux-ci n’appartiennent pas en propre à la franc-maçonnerie, c’est la façon de les conjuguer entre eux qui leur attribut une toute autre signification. Ainsi, lorsqu’ils sont positionnés sur le Naos, le Compas, l’Equerre, et la Règle forment une sorte de pentacle dont chaque pointe est dirigée vers un office du rituel. L’Energie primordiale symbolisée par le Fil à Plomb va alors s’y manifester, à Midi lorsque la lumière est la plus courte, en agissant comme un laser réfractant son énergie vers les 10 officiers que sont le Vénérable Maître, les Deux Surveillants, le Secrétaire le Couvreur et l’Orateur, l’Hospitalier et le Trésorier, et enfin L’Expert et le Maître des Cérémonie.

Pour conclure sur le Naos, celui-ci est symbole d’élévation spirituelle qui manifeste en chacun de nous une certaine idée du sacré. Laissant la croyance aux religions, notre sens du sacré est une quête où les conceptions métaphysiques relèvent de l’appréciation individuelle. Si nous considérons nos réunions comme des expériences de transcendance émotionnelle, le sacré signifie et implique l'abandon de tout intérêt personnel, nous mettant en capacité de percevoir, d’acquérir et de transmettre les valeurs véhiculées par la vraie maçonnerie.

Alors, ensembles, « élevons nos cœurs en fraternité, et que nos regards se tournent vers la lumière ».

J’ai dit, Vénérable Maître

Robert MINGAM