LES PHYLACTERES

 

Il y a très longtemps que les Frères et les Sœurs adeptes des rites égyptiens se posent des questions sur la signification des idéogrammes inscrits sur les phylactères entrecroisés sur le pavé mosaïque lors de la consécration de nos Loges.

Tout d’abord, sur l’origine de ces phylactères, ceux-ci n’existaient pas dans les rituels primitifs du rite de Memphis et de Misraïm avant leur parution en 1967 sous le titre de « Cérémonies et Rituels de la maçonnerie symbolique »  parus en 1967 aux éditions Robert Laffont.

C’est Robert Ambelain qui, lors du second Convent du 23 octobre 1965, a pris la décision de refondre et de publier les rituels des trois premiers degrés pratiqués par la Grande Loge de Memphis-Misraïm pour la France, en y ajoutant quelques éléments symboliques tirés des rituels de Cagliostro et des Frères Bédarride, qui au XVIIIe siècle voulaient recréer une Égypte imaginaire en concevant des symboles ésotériques de sa propre création ou tirés de sources occultes, qui paraissaient anciens et mystérieux pour renforcer l'aspect sacré de l'initiation. Ainsi structuré entre les XVIIIe et XIXe siècle, le rite de Memphis Misraïm utilisa le décorum égyptien pour véhiculer des concepts teintés d’hermétisme et de kabbale, qui ne correspondaient strictement pas à la théologie de l’Egypte antique, d’autant qu’à leur époque, bien avant leur déchiffrement par Jean François Champollion (1822), les hiéroglyphes étaient considérés comme des symboles mystiques ou ésotériques, et non comme une langue phonétique.

Il se trouve que depuis quelques années je côtois des égyptologues de renom attachés à l’Institut Français d’Archéologie Orientale du Caire (IFAO), notamment Christian LEBLANC (Docteur ès-lettres et Sciences Humaines, Spécialité égyptologie, Diplômé d’Etudes Supérieures de l’Ecole du Louvre), que j’ai interrogé sur la signification de ces phylactères. Tous m’ont confirmés que ces symboles ne sont pas de véritables hiéroglyphes égyptiens classiques, dessins figuratifs représentant des idéogrammes (symbole graphique représentant un mot ou une idée), mais pour certains, des lettres de l’écriture hiératique, ( celle qui permettait aux scribes d’écrire rapidement en simplifiant les hiéroglyphes, la sténographie des scribes en quelque sorte ), voir l’alphabet phénicien représentant des sons, ou d'une écriture hermétique au caractère de passage.

Il m’a aussi été suggéré qu’il pourrait s’agir, pour les lettres du phylactère de droite, d’une forme de l’alphabet Aurebesh, plus précisément des versions stylisées ou calligraphiées que l’on trouve souvent sur des bannières, des parchemins ou dans des temples.

En tous cas, il n’y aurait aucune cohérence de texte entre ces signes dont le rôle dans les rituels de Memphis Misraïm ne semble pas destinés à être lu comme une phrase mais à être contemplés comme des symboles. Chaque signe correspondant à un mot de passe ou à une vertu morale que l'initié doit méditer, mélangeant des influences de l'alphabet hébreu des runes de l'alchimie et de la géométrie sacrée.

Exemples, bannière gauche :

  • 1)- Etendars divin Mât sacré placé à l’entrée des temples, tout ce qui appartient au monde sacré. On le retrouve notamment dans la formule de salutation : Ndhr.k (salutation à toi/salut à toi).
  • 2)- Etendars divins, se trouvent insérés dans les pylônes des temples, de part et d’autre de l’entrée.
  • 3)- Ce signe désigne l’Orient, c’est le point d’où vient la lumière. En géométrie sacrée, ce symbole est une variante du Point dans le Cercle que nous retrouvons dans le Delta Lumineux.
  • 4)- Ce signe représente un trône. Il incarne l’idée de stabilité et de fondation.
  • 5)- Ce signe représente la Vipère cornue, signe de Renaissance et de protection.
  • 6)- Sourcil de l’œil d’Horus, ce signe signifie la Vigilance, l’intégrité, le retour à l’Ordre de Maât contre le Chaos.
  • 7)- Ce signe est la représentation symbolique de la conscience divine ou de l’intelligince suprême.

    Etc. etc……………………..                                                                                                 

Dans le cadre de la consécration d'une loge, les bannières prennent une dimension liturgique capitale. Elles ne sont pas de simples objets, mais des points d’ancrage extrêmement puissants, des bornes spirituelles qui délimitent l'espace sacré par rapport au monde profane. Entrecroisées sur le sol du pavé mosaïque, elles transforme le centre du temple en un point de jonction entre les mondes, et agissent comme des antennes entre le Ciel (l’Orient) et la Terre (l’Occident). Centre de l'union des contraires au moment de la consécration ce point précis devient le cœur de la loge, sur lequel sera posée la Pierre Cubique à pointe, représentation symbolique du Naos égyptien dont elle a pris la forme.

Concernant leur signification ésotérique dans la tradition maçonnique, les deux colonnes souvent nommées Jakin et Boaz qui encadrent l’entrée du temple sont ici présentées sous forme de bannières rituelles, que l’on couche sur l’espace consacré avant leur relèvement. Ce peut être la symbolique du rituel le plus puissant et le plus symbolique de l’Egypte antique, le relèvement du pilier Djed, marquant le passage de la mort à la vie, du Chaos à la stabilité.

En Egypte le Djed couché symbolise Osiris mort. Redressé par le Pharaon, il est l’étincelle de vie, la colonne vertébrale qui soutient le ciel.

Dans le rite de Memphis Misraïm, les phylactères symbolisent la récupération de la connaissance et la redynamisation de l’Initié. On passe de l’être endormi à l’être redressé. Comparable au rite du relèvement du Maître, redresser les piliers ou déployer les phylactères revient à libérer le principe spirituel prisonnier de la matière. C’est le passage du corps physique (la momie entravée) au corps glorieux (le pilier de lumière).

La bannière de gauche, comme la colonne JAKIN des apprentis, représente le principe féminin lunaire ou passif souvent associés au Nord de la loge les symboles y sont plus explicites, arrondis, liés à la gestation et à l'origine.

La bannière de droite, comme la colonne BOAZ des compagnons, représente le principe masculin solaire ou actif. Les symboles plus hermétiques y sont plus angulaires évoquant la construction et la rigueur.

En résumé ces bannières, comme le sont les colonnes placées de part et d’autre de l’entrée du temple, sont des outils pédagogiques utilisés en loges pour symboliser le cheminement de l'esprit entre les 2 dualités du monde, la force et la sagesse, un lieu de passage entre le profane et le sacré.

Le langage muet des phylactères fait que ces caractères soient indéchiffrables pour le commun des mortels. Il souligne le caractère occulte caché De l'enseignement et rappelle aux frères et sœurs que la vérité ne se lit pas dans les mots mais dans les symboles.